4.6.2 Conservation des tubercules d'ignames dans des silos-fosses
Table
des mati�res - Pr�c�dente
- Suivante
On est souvent oblig� de cultiver les champs d'igname � des distances consid�rables des zones d'habitation. Etant donn� la p�nurie de main-d'oeuvre, surtout en p�riode de r�colte, les paysans installent leurs structures de stockage dans le champ ou au bord du champ, ce qui permet de faire pendant la p�riode de r�colte l'�conomie de la main d'euvre qui serait n�cessaire au transport
Le silo-fosse constitue une m�thode typique de conservation dans les champs. Pour mettre en place ces silos-fosses, on creuse une fosse dont le volume correspond � peu pr�s � celui de la r�colte que l'on pr�voit. Cette fosse est ensuite tapiss�e de paille ou de mat�riaux similaires (NWANKITI et MAKURDI, 1989). Les tubercules sont ensuite dispos�s soit � l'horizontale, les uns sur les autres, soit � la verticale, pointe vers le bas et les uns contre les autres. On ignore encore � l'heure actuelle si le mode de stockage - � l'horizontale ou � la verticale - a une incidence quelconque sur le comportement des tubercules au stockage.
Figure 1: Stockage des tubercules d'igname en silo-fosse (Source: NWANKITI et MARURDI, 1989)
Ces silos-fosses peuvent �tre am�nag�s sous la terre, ou encore de telle fa�on qu'une partie seulement des tubercules d�passent du sol.. La marchandise est recouverte de paille ou de mat�riaux similaires, que l'on recouvre parfois � leur tour d'une couche de terre. On rencontre principalement ce type de structures dans les r�gions � saison s�che prolong�e.
Le silo-fosse offre une protection contre les pertes de poids li�es � la respiration et � la transpiration des tubercules. Il pr�sente toutefois des inconv�nients, � savoir le manque d'a�ration et le contact direct entre les tubercules. Cette proximit� entra�ne un r�chauffement de la marchandise stock�e et, de l�, la formation de pourritures (NWANKITI et KlAKURDI, 1989). Le contact entre les tubercules favorise la propagation de la pourriture � l'int�rieur de la fosse. La structure ferm�e du silo-fosse rend impossible le contr�le r�gulier de la marchandise stock�e. Ce type de structure permet par ailleurs aux rongeurs de se glisser facilement � l'int�rieur de la fosse et donc de causer des d�g�ts sur les denr�es stock�es (ONWUEME, 1978).
4.6.3 Conservation des tubercules d'igname en tes sur le sol
Dans ce type de stockage, les tubercules sont entass�s sur un tapis form� de lianes d'igname s�ches. Le grenier est en g�n�ral install� sous un arbre dispensateur d'ombre et recouvert de tiges de mais et de sorgho ou de mat�riaux similaires (FAO, 1990).
Ce type de grenier peut �tre r�alis� sans frais suppl�mentaires. L'arbre dispensateur d'ombre neutralise quelque peu les changements de temp�rature qui se succ�dent au cours de la journ�e, offrant ainsi une certaine protection contre une surchauffe de la marchandise stock�e.
Ce type de grenier est mal a�r�. Sa construction ferm�e ne permet pas de proc�der � des contr�les r�guliers de la marchandise, ce qui favorise une propagation rapide de la pourriture, d'o� une tr�s forte r�duction de la dur�e de stockage possible. La marchandise stock�e est �galement attaqu�e par les insectes et les rongeurs, qui peuvent se dissimuler facilement dans le grenier (NWANKITI et MAKURDI, 1989).
4.6.4 Conservation des tubercules d'igname en silos-meules
Des essais de conservation des tubercules d'igname en silos-meules ont �t� effectu�s au Nigeria. Les techniques de construction de ces silos-meules s'appuient sur l'exp�rience acquise dans la r�alisation en Europe du Nord de silos-meules destin�s au stockage des pommes de terre (WAITT, 1961). Les r�sultats de stockage en silos-meules obtenus au Nigeria �taient contradictoires. En effet, si ces r�sultats se sont av�r�s pour certaines esp�ces d'igname meilleurs que ceux obtenus sur les traditionnelles tresses verticales, certains autres �taient en revanche moins bons. Il est probable que ce sont des raisons socio-culturelles qui ont fait que les silos-meules pour le stockage des tubercules d'igname n'ont trouv� qu'un �cho tr�s limit� aupr�s des populations locales (COURSEY, 1967).
4.6.5 Conservation des tubercules d'igname sous un abri conique fait de tiges de malts ou de sorgho
Ce type de grenier est fr�quemment �rig� sous un arbre � feuilles persistantes dispensateur d'ambre. Le grenier est constitu� d'un abri de forme conique � la pointe dirig�e vers le haut, bien qu'il puisse �tre �galement de forme oblongue, comme celui qui est repr�sent� � la fig. 2. Les tubercules sont stock�s les uns sur les autres sous le toit protecteur (N'KPENU et TOUGNON, 1991).
Ce type de grenier ne n�cessite aucun investissement. Le travail suppl�mentaire demeure lui aussi limit�. Gr�ce � l'ombre qu'il dispense, l'arbre att�nue les variations de temp�rature survenant en cours de journ�e, tandis que le l�ger toit de protection offre une a�ration suffisante (ibid.).
L'intrusion possible d'insectes nuisibles et de rongeurs pose des probl�mes. Le risque existe par ailleurs que des animaux, sauvages ou domestiques, � la recherche de nourriture, endommagent le toit de construction l�g�re ou causent des d�g�ts alimentaires pouvant entra�ner des pourritures. Du fait que les tubercules sont stock�s les uns par-dessus les autres et que le toit les recouvre enti�rement, il est pratiquement impossible de proc�der r�guli�rement � un contr�le visuel de la marchandise.
4.6.6 Stockage des tubercules d'igname dans des cabanes d'argile
Ce type de stockage se rencontre fr�quemment dans les savanes de la ceinture de l'igname, autrement dit dans les r�gions � saison s�che prolong�e (NWANKITI et MAKURDI, 1989). Le grenier a des murs en dur, construits selon les techniques traditionnelles utilisant l'argile. Le toit est constitu� d'herbe ou d'autres mat�riaux v�g�taux. Le mode de construction correspond g�n�ralement aux coutumes r�gionales en mati�re d'Architecture
Les tubercules d'igname sont entass�s dans la cabane les uns sur les autres. La cabane d'argile of offre une excellente protection contre la pluie et l'exposition directe aux rayons solaires. La combinaison des murs en argile et du toit en fibres v�g�tales a pour effet d'�quilibrer les temp�ratures.
Les probl�mes se posent au niveau de l'absence d'a�ration et de l'entassement des tubercules d'igname stock�s. Ces deux facteurs favorisent en effet la formation de pourritures, sans compter qu'il est difficile de contr�ler l'�tat des tubercules stock�s (ibid.).
La construction des cabanes d'argile est relativement on�reuse et exige une certaine somme de travail. Les frais occasionn�s sont toutefois compens�s par un entretien minime et une dur�e d'utilisation de 20 � 30 ans (N'KPENU et TOUGNON, 1991).
4.6.7 Conservation des tubercules d'igname sur tresse verticale
Il s'agit du syst�me de stockage le plus r�pandu dans la culture traditionnelle de l'igname en Afrique occidentale. La tresse verticale est constitu�e de pieux en bois d'une hauteur de 3 m environ, dress�s � la verticale et s�par�s de 50 cm les uns des autres. Ces poteaux verticaux sont stabilis�s par des planches horizontales. On int�gre souvent � ce syst�me des arbres vivants, d'une part pour des raisons de statique, mais �galement parce que ces arbres dispensent de l'ombre (NWANKITI et MAKURDI, 1989).
Les tresses verticales sont �rig�es en plein air. Il est important qu'elles soient suffisamment ombrag�es. On utilise par exemple pour cela un toit en feuilles de palmier ou des arbres � feuilles persistantes qui fournissent un ombrage naturel. Le grenier doit �tre install� dans un endroit bien a�r�, de mani�re � ce que l'humidit� r�siduelle r�sultant de la respiration et de la transpiration des tubercules puisse �tre �vacu�e. Une a�ration suffisante diminue par ailleurs le risque de surchauffe des tubercules et limite par l� m�me les pertes de poids dues � la respiration et � la transpiration (ONWUEME, 1978).
Au moyen de cordes, g�n�ralement en fibres v�g�tales, on attache les tubercules d'igname les uns au-dessus des autres sur les pieux verticaux, en commen�ant par le bas. Les paysans se servent en l'occurrence d'une technique de liage d�termin�e (NWANKIT1 et MAKURDI, 1989).
Figure 4: Tresses verticales � l'ombre d'arbres vivants (Source: WILSON, ann�e inconnue)
Les tresses verticales sont des structures de stockage bien a�r�es et faciles � inspecter. Elles permettent de r�cup�rer ais�ment les semenceaux et de s�parer facilement des autres les turbercules pourrissants. Ce syst�me de stockage ne pose aucun probl�me durant la saison s�che. Pendant la saison des pluies, en revanche, les tubercules pourrissent rapidement en raison de l'humidit� atmosph�rique �lev�e (ONWUEME, 1978).
La construction de ces tresses verticales, qui sont pr�vues pour une utilisation de plusieurs ann�es, est � la fois on�reuse (bois de construction) et demande beaucoup de travail. On est en g�n�ral oblig� de proc�der tous les ans � des travaux de remise en �tat. La mise en stocks, autrement dit le liage s�par� de chaque tubercule, repr�sente un travail consid�rable. Il arrive fr�quemment que les tubercules soient bless�s au moment du liage, ce qui favorise l'apparition de pourritures (NWANKITI et MAKURDI, 1989). Ce type de construction traditionnelle ouverte n'offre pas de protection contre les insectes nuisibles ni contre les termites. Les paysans ne pr�voient g�n�ralement pas davantage de protection contre les rongeurs.
4.7 Mesures destin�es � am�liorer le stockage traditionnel des ignames
4.7.1 Pr�cautions � prendre lors de la
r�colte, du transport et du stockage
4.7.2
"Curing"
4.7.3 R�gulation de la dormante
4.7.4 R�gulation du climat de l'entrep�t
4.7.5 Lutte contre les pourritures
4.7.6 Lutte contre les n�matodes
4.7.7 Lutte contre les insectes ravageurs de'
stocks
4.7.8 Mesures de protection contre les
mammif�res
4.7.9 Stockage am�lior� sur tresse verticale
traditionnelle ("Yam-Barn")
Les mesures visant � l'am�lioration des structures de stockage existantes doivent �tre compatibles avec les d�terminants essentiels de ces syst�mes. Les am�liorations apport�es ne sauraient avoir des effets n�gatifs sur le caract�re socio-culturel de symbole que poss�dent nombre de syst�mes de stockage parall�lement � leur fonction protectrice. Du point de vue des exploitants concern�s, les mesures d'am�lioration doivent �tre rentables et ne pas d�passer les limites de leurs ressources (p.ex. travail, capital).
Les suggestions �nonc�es dans la suite ont avant tout pour but l'am�lioration des structures et m�thodes de stockage traditionnelles. Ces suggestions d'am�lioration s'appuient pour l'essentiel soit sur les exp�riences faites par les planteurs d'igname eux-m�mes, soit sur des exp�riences auxquelles ils ont tout au moins particip�. Les d�couvertes r�sultant des recherches effectu�es ont toutefois �t� �galement prises en compte dans la mesure o� elles nous ont paru transposables en milieu villageois.
Outre les mesures visant � l'am�lioration des structures de stockage traditionnelles, des approches de solutions nouvelles exigeant une haute technicit� ont �galement �t� mises � l'�tude. Citons � cet �gard le stockage des tubercules d'igname en entrep�ts frigorifiques ou en atmosph�re contr�l�e, ainsi que les traitements aux rayonnements ionisants, destin�s � inhiber la germination et � pr�venir la pourriture (DEMEAUX et VIVIER, 1984).
Nous n'examinerons pas ces m�thodes en d�tail dans le cadre de la pr�sente publication. Il s'agit n�anmoins de m�thodes qui, bien que requ�rant un haut degr� de technicit�, constituent des approches de solutions pour r�duire les pertes de stockage causses par la germination, la transpiration et la respiration, et qui, par l�-m�me, s'attaquent aux probl�mes fondamentaux pos�s par le stockage des tubercules d'igname frais. Le haut degr� de technicit� et les investissements requis par les installations n�cessaires font qu'il n'est pas encore possible � l'heure actuelle de transposer efficacement ces m�thodes � l'�chelon des petits producteurs. Eu �gard � la centralisation croissante de la demande qui se fait jour dans de nombreux pays africains � la suite d'une urbanisation en expansion, il serait toutefois bon de ne pas perdre ces m�thodes de vue dans la mesure o� elles peuvent contribuer � assurer l'auto-approvisionnement en denr�es alimentaires.
4.7.1 Pr�cautions � prendre lors de la r�colte, du transport et du stockage
En d�pit de leur aspect robuste, les tubercules d'igname ont un �piderme hautement sensible. Toute blessure, que] qu'en soit le degr� de gravit�, augmente risque d'infection et, par voie de cons�quence, la d�composition pr�coce du fait de la pourriture (FAO, 1981). Dans l'int�r�t d'un stockage prolong� efficace, il est donc imp�ratif d'�viter au maximum les risques de blessures (PLUMBLEY, 1982).
Les tubercules d'igname doivent ainsi �tre r�colt�s avec le plus grand soin afin de r�duire les risques de blessures. Il ne fait pas de doute que la forme irr�guli�re des tubercules, de m�me que leur taille, rendent cette entreprise difficile (SADIK, 1987). Les tubercules subissent �galement des blessures fr�quentes au cours du transport, c'est pourquoi il faut les manipuler avec pr�caution et ne pas les lancer. Il faut par ailleurs �viter de les entasser trop haut sur les v�hicules de transport, car cela augmente le risque de blessure par compression. Autre risque de blessure: la mise en stocks sous forme d'empilage et de liage lors du stockage des tubercules sur tresse verticale.
Etant donn� que la plupart des paysans ignorent la connexit� entre les blessures et le pourrissement des tubercules, il serait opportun de les sensibiliser � ce probl�me en leur montrant clairement que les r�sultats de stockage sont �troitement d�pendants de l'�tat de la marchandise au moment de l'emmagasinage (SADIK, 1987).
Le "curing" sert � l'autocicatrisation des plantes bless�es, qui sont caract�ris�es par une haute teneur en humidit�. Essay� � l'origine sur la pomme de terre et la patate douce, ce proc�d� s'est �galement av�r� efficace sur les ignames (DEMEAUX, 1984). Pour que le processus de cicatrisation puisse avoir lieu au-del� du simple dess�chement de la blessure, il faut cependant augmenter la temp�rature et l'hygrom�trie.
L'�l�vement de la temp�rature et de l'hygrom�trie favorise la formation de cellules sub�reuses, lesquelles permettent aux blessures de se cicatriser totalement. Ces cellules sub�reuses, qui se forment dans le cambium, passent ensuite dans les blessures, qu'elles cicatrisent d'un p�riderme � plusieurs couches (BAUTISTA, 1990).
La formation de ce p�riderme fait intervenir certains processus m�taboliques. Ces processus consomment de l'�nergie, laquelle est obtenue par consommation de l'amidon stock� dans le tubercule par le biais de l'activit� respiratoire. Au cours du processus de respiration, il se produit un degagement d'eau, de gaz carbonique et de chaleur dans l'atmosph�re (BAUTISTA, 1990), ce qui explique que la cicatrisation s'accompagne toujours d'une certaine perte de poids des tubercules.
Ces pertes de poids sont fonction des "conditions de curing", � savoir la temp�rature, l'hygrom�trie, la dur�e du processus et la Iargeur de la plaie. A la suite des essais effectu�s au Togo (temp�rature de 35 � 40� C, humidit� relative comprise entre 80 et 95 %, dur�e du traitement: 3 jours), on a constat� que les pertes de poids cons�cutives au "curing" atteignaient un pour cent du poids des tubercules frais (FAO, 1990).
Le "curing" permet de refermer suffisamment une blessure pour pr�venir un �coulement de s�ve (ce qui est cause de pertes de poids et du fl�trissement du tubercule) et emp�cher �galement les saporog�nes de s'introduire dans le tubercule. Le proc�d� du "curing" n'ayant aucune incidence sur le pouvoir germinatif des tubercules trait�s, ceux-ci peuvent �tre utilis�s ult�rieurement pour la multiplication v�g�tative.
Le proc�d� d'autocicatrisation doit intervenir aussit�t apr�s la r�colte des tubercules (BOOTH, 1978). Ce sont les coupures franches et planes qui gu�rissent le mieux. Les blessures par �crasement, qui sont dans la plupart des cas ingu�rissables, demeurent des foyers d'infection (COURSEY, 1982). Il faut par cons�quent exciser proprement toutes les plaies, parties, �cras�es et autres blessures.
Il existe par ailleurs divers proc�d�s d'autocicatrisation, qui different par les moyens techniques employes, les conditions climatiques n�cessaires, ainsi que la dur�e du traitement (FAO, 1990; DEMEAUX, 1984; BEEN et al. 1977).
Le "curing" sous b�che de jute est un proc�d� �labor� au Togo par la FAO (FAO, 1990). Apr�s avoir �t� pr�par�s en cons�quence, les tubercules sont entass�s en position horizontale et recouverts d'une couche de paille d'environ 15 cm d'�paisseur. On couvre ensuite le tas d'une b�che de jute ou de sacs, �galement en jute.
Cette m�thode est tr�s co�teuse, puisqu'il faut compter environ 50 US Dollar uniquement pour les sacs de jute servant � recouvrir la marchandise (FAO, 1990). Ce proc�d� est en outre d�licat � r�aliser au niveau du management, �tant donn� qu'il est tr�s difficile de maintenir la temp�rature et l'hygrom�trie requises (respectivement de 35 � 40� C et entre 80 et 95 %) . Au vu des co�ts et des exigences qu'entra�ne ce proc�d� au niveau de la gestion, la question se pose de savoir si les paysans sont en �tat d'adapter cette m�thode � leurs besoins.
Il existe encore une autre m�thode, appel�e "Pit Curing", qui est fort r�pandue chez les producteurs d'ignames de l'�tat de Bendel, au Nigeria. Ce proc�d� consiste � creuser une fosse de 2,5 x 1,5 x 1 m�tres et � en recouvrir le fond de sciure. Les tubercules sont ensuite d�pos�s dans cette fosse et recouverts d'une mince couche de terre (NNODU, 1987).
C'est � une temp�rature de 26� C et une humidit� relative de 92 % que cette m�thode a fourni les meilleurs r�sultats. La dur�e du traitement variait entre 11 et 15 jours. Compar�s aux tubercules non trait�s, qui �taient tous infest�s par la pourriture apr�s 4 mois de stockage sur tresse verticale, respectivement 53 et 40 % seulement des tabercules trait�s par cicatrisation (dur�e respective du "curing": 11 et 15 jours) pr�sentaient une infestation due � la pourriture (NNODU, 19X7).
Il est tr�s difficile de d�terminer les "conditions de curing" optimales. Elles diff�rent en effet selon les espaces d'igname, la nature des blessures et le stade de maturit� des tubercules (BOOTH, 1978). Il n'est par cons�quent gu�re surprenant que les donn�es relatives � la temp�rature, � l'hygrom�trie et � la dur�e de traitement divergent fort�ment d'un ouvrage sp�cialis� � l'autre (DEMEAUX, 1984; FAO, 1990).
Parmi les m�thodes d'autocicatrisation, les paysans accordent la pr�f�rence � celles qui n'impliquent que des co�ts et un travail r�duits tout en am�liorant substantiellement le coraportement au stockage. Ils donnent par ailleurs la priorit� aux proc�d�s d'application facile. Les efforts d�ploy�s en vue d'am�liorer les m�thodes de "curing" devront donc s'orienter �galement � l'avenir sur les besoins formul�s par les paysans.
C'est dans cette optique que s'inscrivent entre autres les travaux de BEEN et al (]977). Les auteurs ont constat� que le comportement au stockage des tubercules expos�s pendant une courte p�riode aux rayonnements solaires directs �tait plus ou moins analogue � celui de tubercules ayant subi un traitement beaucoup plus complexe. Il faut noter � ce propos que les proc�d�s d'autocicatrisation complexes exigent un climat qui favorise �galement la multiplication des pathog�nes et peut ainsi s'av�rer dans certains cas antiproductif (ONWUEME 1978).
Tableau 9: Incidences des m�thodes d'autocicatrisation
sur les pertes de stockage de D. rotundata
| Conditions climatiques | Pertes de poids apr�s traitement des blessures en % | apr�s 70 jours de stockage | |
| Pertes de poids en% | Taux de germination | ||
| Lumi�re solaire directe | 11.0 | 22 5 | 77 |
| 26�C/66% HR | 9 1 | 35 5 | 33 |
| 30�C/91%HR | 2 1 | 36 1 | 50 |
| 40�C/98%HR | 4 3 | 20 9 | 73 |
Source: BEEN et al., 1977 (modifi�)
4.7.3 R�gulation de la dormante
Comme nous l'avons vu plus haut la dur�e de l'aptitude au stockage d�pend �troilement de celle de la dormance (cf. 3.5.1). On ne peut par cons�quent augmenter la dur�e de stockage des tubercules d'igname frais qu'� la condition de prolonger la dormance
Jusqu'� un certain point il est possible d'influencer la dur�e de la dormance en agissant sur la temp�rature et l'humidit� ambiantes. Les basses temp�ratures associ�es � une faible hygrom�trie permettent de prolonger la dormance (PASSAM 1977). Les possibilit�s d'agir sur la temp�rature et sur l'hygrom�trie pour prolonger la dormance sont toutefois limit�es. C'est ainsi qu'une temp�rature inf�rieure � 15� C provoque la destruction des tissus tab�reux (ibid.). Une hygrom�trie trop basse diminue �galement l'aptitude au stockage, dans la mesure o� elle entra�ne un dess�chement du tubercule.
Eu �gard aux importantes d�penses �nerg�tiques n�cessaires, la modification du climat de l'entrep�t par l'utilisation d'�nergie ext�rieure (entrep�t frigorifique) se heurte � d'�troites limites �conomiques.
Autre possibilit� d'agir sur la dormance: la mise en oeuvre d'inhibiteurs de germination chimiques, utilis�s entre autres avec succ�s pour le stockage des pommes de terre (PERLASCA, 1956). Les substances employ�es dans le stockage des pommes de terre se sont av�r�es inefficaces pour l'igname. Ceci est d� au fait que les germes de l'igname, au contraire de ceux de la pomme de terre, ne se forment que tardivement, et non pas dans l'�piderme, mais dans les couches cellulaires sous-�pidermiques. Il arrive m�me que les substances utilis�es pour le stockage des pommes de terre aient des incidences totalement n�gatives lorsqu'on les applique sur l'igname, du fait qu'elles sont susceptibles d'emp�cher la cicatrisation des blessures et de favoriser l'apparition de pourritures (DEMEAUX, 1984).
Les premiers r�sultats des essais visant � agir sur la germination par l'emploi d'hormones de croissance naturelles ou synth�tiques se sont av�r�s positifs. Les essais ont �t� effectu�s entre autres avec l'acide gibberellique, une hormone synth�tique pr�sente dans de nombreuses pr�parations, ainsi qu'avec des batatasines. Il s'agit dans le dernier cas d'hormones de croissance naturelles, pr�sentes entre autres dans diverses vari�t�s de Dioscorea. Les batatasines appliqu�es de mani�re endog�ne n'ayant montr� que des effets nuls ou tr�s limit�s sur la dormance (PASSAM, 1984), on peut se demander s'il est utile de poursuivre les recherches dans ce domaine.
Les essais avec l'acide gibberellique se sont r�v�l�s en partie concluants, puisque cette hormone a permis de prolonger notablement la dormance. Appliqu� sur le feuillage avant la r�colte, l'acide gibberellique prolonge uniquement la dur�e de la dormance chez Dioscorea esculenta. L'acide gibberellique appliqu� durant la m�me p�riode sur Dioscorea alata n'a aucun effet (WICKHAM, 1984,a). L'acide gibberellique appliqu� au contraire apr�s la r�colte permet de prolonger la dormance aussi bien chez Dioscorea esculenta que chez Dioscorea alata. Les essais effectu�s entre-temps sur Dioscorea bulbifera sont demeur�s sans r�sultat (WICKHAM, 1984,b).
Tableau 10: Incidence de divers
r�gulateurs de croissance chimiques (inhibiteurs de germination)
sur l'aptitude au stockage des tubercules d'igname
| Esp�ces d`ignames | Substance chimique | Incidence
sur l'aptitude au stockage |
| D.alata | M�thyle-a-NAA | + 1,5 � 2 mois |
| Chlor�thanol | stimule la germination | |
| Acide gibberellique | + 4 semaines | |
| D. rotundata | M�thyle-a-NAA | sans effet |
| Acide gibberellique | sans effet | |
| IAA | sans effet | |
| Kin�tine | sans effet | |
| D. esculenta | Acide gibberellique | + 6 semaines |
Source: PASSAM (modifi�)
Selon WICKHAM (1984,b), la meilleure efficacit� est obtenue en traitant les tubercules durant 22 heures dans une solution � 150 mg d'acide gibberellique. D'autres auteurs recommandent des concentrations diff�rentes du m�me agent actif (MARTIN, 1977, DEMEAUX et VIVIER, 1984). D'apr�s OSIURO (1992), plus la concentration d'agent actif est �lev�e, plus elle permet de prolonger la dormance.
Outre la concentration d'agent actif, le moment choisi pour l'application du produit destin� � modifier la dormance au niveau hormonal constitue �galement un facteur essentiel. C'est ainsi que selon MARTIN (1977), une application intervenant � la fin de la phase de dormance naturelle va en favoriser la prolongation, ce qui est toutefois contest� par WICKHAM (1984,a). Selon PASSAM (1985), l'efficacit� de l'acide gibberellique d�pend essentiellement de l'�tat du tubercule. Si l'on utilise l'acide gibberellique sur des tubercules de germination r�cente, le traitement favorise la germination. Si l'on retire en revanche les germes avant d'appliquer l'hormone, la formation de nouveau germes sera retard�e. D'apr�s DEMEAUX et VIVIER (1985), le moment le plus favorable pour utiliser l'acide gibberellique se situe peu apr�s la r�colte.
Au vu des r�sultats des recherches effectu�es jusqu'� pr�sent, il est permis de penser que l'acide gibberellique retarde la germination et qu'il prolonge par l� m�me la dormance. Les conditions d'application: m�thodes, moment optimal et concentration du produit, restent toutefois � d�finir. Ce n'est que lorsque l'on disposera de r�sultats pr�cis concernant ces diff�rents points que l'on pourra �mettre des recommandations pour l'application pratique.
Les germes devront �tre retir�s � la main jusqu'� ce que l'on dispose des donn�es n�cessaires. Du fait qu'une suppression trop fr�quente des germes stimule leur reproduction, on veillera � ne pas les retirer avant qu'ils aient atteint environ 50 cm de long.